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Silens Moon, Pierre Cendors. Critique Previous Le Procès, Orson Welles Next

Cinéma : films vus semaine du 9 au 15 novembre 2020

À mon grand regret, je ne dispose pas d’une mémoire extraordinaire. Ces articles courts constitueront la trace de mes avis à propos des films que j’aurai visionné durant la semaine écoulée. Le regroupement se fera sur quinze jours s’il y a peu de films, voire au mois, mais ce sera exceptionnel. 

Robe Noire, Bruce Beresford (1991)

Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours d’immenses aprioris quand il s’agit de regarder des films canadiens. C’est un pays que je connais mal et qui fait partie de ceux qui m’intéressent le moins au monde, comme l’Inde, on a tous nos préférences en la matière. Si Robe Noire n’avait pas porté sur les Jésuites, et un en particulier, j’aurais laissé tomber l’affaire. Le résultat est assez surprenant, pour un film réalisé au début des années 90. Il y a du moins bon, avec des échauffourées aux bruitages malheureux, dignes de la meilleure série z. Cela dit, c’est ce qu’on y trouve de pire, les personnages sont bien écrits, le fameux Robe Noire se tient droit sur son chemin jusqu’au bout, malgré quelques instants de doute, et certaines scènes surprennent par leur violence vengeresse, la plus notable étant celle où une indienne qui subit un rapport sexuel non consenti profite de l’orgasme de son violeur pour lui asséner un coup de gourdin sur le crâne. C’est le genre de moment qui nous fait nous rappeler un film (presque) pour toujours.

Boys don’t cry, Kimberly Pierce (1999)

Le film qui a révélé Hilary Swank au public. Je voulais le voir depuis des années, c’est désormais chose faite. Adapté d’une histoire vraie, Boys don’t cry retrace l’histoire d’un homme transgenre qui a été violé puis assassiné quelques jours plus tard par ses agresseurs. L’ambiance des années 90 tient en tenaille tout le film, au point où le résultat en est légèrement écœurant aujourd’hui en 2020, malgré l’intemporalité du sujet. Les personnages ont plus le rôle de fonction, d’exutoire, que d’esquisses psychologiques censées dépeindre au plus près ceux qu’ils sont dans la réalité. Ainsi, on a la camée de service, ravagée mais plus tolérante que ses amis, la mère monoparentale qui cherche un père, les hommes ploucs whitetrash, qui passent de vaguement sympathiques à odieux, jusqu’à commettre l’innommable à deux reprises. À mon avis, séquences sur le viol et le meurtre sont d’une violence rarement montrée aussi crûment au cinéma. Les regarder ne peut pas laisser insensible, à tel point que je me suis posée la question de leur aspect spectaculaire. Fallait-il y aller ainsi pour faire comprendre aux spectateurs, dont la plupart ignorent le parcours des transgenres le danger de mort auquel ils s’exposent ? En sont-ils capables sans ? Et surtout, le film a-t-il gagné en quelque sorte de la légitimité, ou a-t-il fait plus avancé la cause des trans par le truchement de ces scènes, que s’il les avait euphémisées ? Impossible à dire.

Ghostland, Pascal Laugier (2018)

Voici le genre de film d’horreur bien fourni en effets bruyants et autres jumpscares que je n’aurais jamais pu regarder il y a encore un an. L’histoire est complètement tirée par les cheveux, ingrate, envers ses personnages principaux, qui passent leur temps à constater avec amertume leurs espoirs ravalés, mais on se prend au jeu du travestissement constant de la réalité grâce à un rythme qui nous pousse à y croire. Le vrai retournement du film se situe plus dans l’idée que son classicisme ne concerne pas seulement ses effets, mais aussi son histoire (maison hantée, famille décatie), d’après les indices qui nous sont donnés dès les prémisses, Dieu sait que les films horrifiques, particulièrement ces années, recyclent les mêmes thématiques ; c’est en se fiant à ces éléments qu’on laisse Laugier nous entraîné vers autres chose, un moment charnier à partir duquel on peut affirmer « très bien, on nous a eu ». Dans le même ordre d’idées, certaines trouvailles sont intéressantes, notamment dans la manière de dépeindre un trouble psychologique, qui ne serait là encore pas la folie au sens usuel auquel on l’entend, mais une dissociation basée sur l’inversion du réel et du fantasme, qui appelle une part du soi pour venir à la rescousse. C’est bien trouvé. A noter que les méchants, dont le visage est peu dépeint, font clairement penser à des individus aux tares issues tout droits des films japonais : le tortionnaire inconscient et handicapé, son protecteur qui se grime en mère.

La vie ne me fait pas peur, Noémie Lvovsky (1999)

Les années 70 vues par les années 90. Le résultat est affligeant, dans le genre purge. Le film propose de dépeindre la vie de quatre filles, de leur enfance à leur adolescence, en alignant des scènes bout à bout sans réel fil conducteur, hormis leur croissance. Beaucoup de moments sont tapageurs, voire hystériques, avec des coups physiques ou des invectives échangés dans tous les sens. Les parents sont dans leur ensemble ridicules, démissionnaires, les professeurs complices des humiliations subies, voire pédophiles, pour le cas d’un au moins, tandis que les adolescentes en question sont écrites de telle manière qu’elles font systématiquement les pires choix de vie dans leurs situations respectives. C’est un film pour personnes complaisantes, celles qui se leurrent sur leur passé et qui ont idéalisé des situations pourtant toxiques, ou qui regrettent d’avoir vieilli, ou encore qui ont des rapports tortueux avec leurs pairs. S’il fallait décrire le film en faisant appel à des références, on pourrait dire qu’il y a le côté chipie des Petites Marguerites (même rythme) sans la veine arty, et des maniérismes directement inspirés de Varda, dans les plans, sans la profondeur parfois caustique qui va avec. Le genre à laisser dans les oubliettes.

Baxter, Vera Baxter, Marguerite Duras (1977)

Il y a toujours quelque chose de touchant dans certains films de Duras, que ce soit dans les débuts de Depardieu, à l’époque jeune premier, ou dans sa muse en mouvement, Delphine Seyrig. Pour le reste, Duras, si on est honnête, est bien meilleure auteure que réalisatrice, ce qui reste cocasse, quand on sait qu’elle s’est mise à la caméra car elle était insatisfaite du résultat à l’écran des récits qu’elle avait couché sur le papier. La pédanterie inhérente à certains cinéphiles voudrait que la tyrannie du spectateur qui sous-tend ses films soit une tentative artistique originale de faire du cinéma. A froid, c’est-à-dire sans intellectualisation absurde, c’est une torture, quand bien même on ferait preuve de commisération pour la rythmique du jeu imposé à ses acteurs. Concrètement, Baxter impose une musique qui ressemble à s’y méprendre à celle jouée par des Péruviens dans un épisode de South Park pendant l’heure quarante du film. Les dialogues sont déclamés sur un ton monocorde par dessus ce son épouvantable, qui empêche toute concentration, et donc tout intérêt à une histoire qui peine d’emblée à captiver, soit une femme que son mari exploite sexuellement pour rembourser ses dettes, pendant que lui voyage aux quatre coins du monde avec des mannequins. Cette femme habite une maison immense pour elle, telle un fantôme qui se meut d’une manière souffreteuse. On est exactement dans le même style que pour le film Nathalie Granger. C’est un cinéma propre à son époque, les années 70, qui se veut dépouillé et qui en conséquence de quoi se retrouve noyé sous les affèteries, pour sombrer dans un ridicule sans jouissance. Une plaie.

Les promesses de l’ombre, David Cronenberg (2007)

De façon grossière, il y a eu deux moments dans la filmographie de Cronenberg : l’horreur, Crash en guise de transition, et puis le début du thriller qui reprend a minima la façon de faire d’antan avec History of Violence. Les promesses de l’ombre se trouve dans cette catégorie que les puristes jugeraient moins intéressante que les débuts de Cronenberg, sans la tension inhérente au genre. Le casting, royal, repose essentiellement sur le panache de Viggo Mortensen (y a-t-il seulement un film où cet acteur est mauvais, de toute manière ?), car Naomi Watts est trop idéaliste, puisqu’on devine avant elle ce qui va se passer, quand Vincent Cassel cabotine, comme à son habitude. L’entendre débiter des phrases en anglais dans un mélange d’accent russe et d’accent français dans ses moments d’oubli est par ailleurs désopilant. L’histoire se veut être un drame difficile, dans une sphère d’individus réduite à sa portion congrue : une sage-femme, son oncle et sa tante, un mafieux, son fils noceur et son chauffeur diligent. Bien vite, l’action devient assez lisible, avec une narration qui se terminera par un happy ending de circonstance. Le film reste mineur, avec quelques moments pour se rincer l’œil, comme cette bastonnade dans laquelle un Viggo Mortensen nu et tatoué se retrouve à lutter pour sa survie dans des bains publics. A réserver aux fans de l’acteur.



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