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Benedetta, Paul Verhoeven (2021) : critique Previous Cinéma : films vus semaine du 30 novembre au 6 décembre 2020 Next

Cinéma, série : les productions vues du 7 au 30 décembre 2020

Vacances oblige, le rythme s'est ralenti durant le mois de décembre. Fait nouveau, une série (Alice in Borderland) à ajouter parmi l'ensemble des visionnages. En 2020, avec Le jeu de la dame, je n'ai rien regardé d'autre en la matière, ce qui ne me retiendra pas de glisser quelques mots dessus. Pour le reste, en vrac : Soul, le dernier Pixar, de l'horreur avec Hellraiser (le premier et le second), et du cinéma plus patrimonial. 

Jeunes filles en uniforme, Géza von Radványi (1958)

Sous ses airs de film pour les passionnés d’histoires de pensionnats où des choses suspectes se passent, il est difficile de ne pas voir dans cette nouvelle adaptation de la pièce de théâtre de l’auteure et sculptrice germano-hongroise Christa Winsloe (la première datait des années trente) une sorte d’adresse aux Allemands qui regrettaient des temps reculés, où l’ordre et la discipline régnait. Dans la manière d’être filmée et les postures qu’elle adopte, l’actrice qui incarne la directrice de l’école de jeunes filles ressemble furieusement à une caricature de Hitler, avec toutes les absurdités qui en découlent. Jeunes filles en uniforme est également une des prestations les plus notables de Romy Schneider dans sa jeunesse, moins connue que celles de la saga Sissi, pas moins déméritante, tant la ferveur qui émane de l’actrice insuffle un supplément de vie à son personnage, en opposition aux adultes atrophiés qui, s’ils ne dirigent pas le pensionnat, se comptent des miettes qu’on leur donne, adoptant la cécité face à des enfants pour qui le terme contrainte revêt des allures d’euphémisme. Car Jeunes filles en uniforme témoigne d’une morale dépassée, celle qui depuis des temps antédiluviens veut que l’enfant n’ait pas droit à la parole. Ce n’est pas seulement une histoire où des adolescentes déambulent, engoncées dans des tissus rêches, avec à la clé une histoire d’amour entre une élève (Romy Schneider) et sa professeure, plus clémente en apparence que le reste du corps enseignant (Lilli Palmer). Quand bien même Christa Winsloe, à l’origine de la pièce, était ouvertement lesbienne, le cadre de son histoire ne laisse aucune équivoque sur la relation ascendante qui existe entre un professeur et son élève, ni sur les germes de la naissance de tels sentiments : c’est le carcan dans lequel les femmes sont placées, à l’abri des hommes, pour mieux leur être dévolues, une fois jugées aptes en ce sens qui provoquent ici un amour aussi foudroyant. Il n’est à aucun moment question de réciprocité dans le film, chose impossible à déterminer, pour la raison qu’elle n’a pas lieu d’être, pas tant pour des raisons de convention que de morale ; ne pas profiter d’une position d’abus de pouvoir prime sur le romantisme de pacotille qu’on plaque en les fantasmant, et pourquoi pas, après tout, sur les histoires entre précepteur et élève. Néanmoins, cette façon de faire prendre de la hauteur à ses propres personnages n’est pas valable chez tout le monde (voir texte suivant).

Le Professeur, Valerio Zurlini (1972)

Sans parler des dissensions entre le metteur en scène Zurlini et Delon, co-producteur du film, à propos de son doublage, qui ne change pas grand chose à sa réception, Le professeur possède malgré lui par bien des aspects un côté irresponsable, qui lorgne du côté de la bouffonnerie involontaire, particulièrement aujourd’hui. Delon incarne un professeur dilettante (Dominici), dans tous les sens du terme, aux fréquentations foireuses, dont le couple bat de l’aile, qui finit par tomber amoureux de l’élève la plus jolie de sa classe. L’idée d’une relation amoureuse et sexuelle entre un enseignant et sa pupille, peut-être pas du goût de tous, y compris dans les années soixante-dix, est justifiée par une histoire complètement extravagante qui transforme le tire-au-flanc Dominici en être dotée de morale et de responsabilité, sauveur de la jeune femme toute apprêtée pour son protecteur. S’ensuivent des dialogues entre les protagonistes faussement psychologiques, notamment entre Delon et sa femme, répliques écrites parfois par vice, qui poussent le bouchon jusqu’à mettre des mots mensongers dans la bouche des personnages, en faisant passer des petites lâchetés pour des “c’est la vie”. Tout ce cirque serait drôle, s’il n’en était pas parfois un peu longuet.

Alice in Borderland (série) Shinsuke Sato (2020)

Il semble admis çà et là que les adaptations live de mangas sont souvent ratées, que ce soit au niveau de la composition du casting, de la direction d’acteurs, ou des décors en carton pâte. Rien de tel ici, puisqu’on évite facilement l’effet cheap, pour une efficacité malheureusement limitée en raison des tropismes inhérents aux productions Netflix, qui ont la fâcheuse manie d’alterner des scènes d’action dans un temps présent avec des flashbacks paresseusement étirés à l’envi. Reste une première saison un peu frustrante, dont le second épisode est le meilleur, car il est encore préservé de toute scène incohérente, ou gratuite, en termes de développement narratif punitif. Si les films et les séries qui se finissent bien par automatisme sont pénibles, l’inverse est tout aussi vrai, quand il devient une manie bien ancrée. Reste que Alice in Borderland dit quelque chose des rapports sociaux entre les êtres humains, dans leur complexité, la rancoeur qui s’en dégage et la confiance factice qui ébranle les idéalistes de tout bord. Les vrais méchants n’y sont pas forcément ceux que l’on croit déceler : la racaille tyrannique trouve toujours son explication dans la compensation victimaire, du bizuté (thématique ô combien japonaise, mais pas que) au bourreau implacable. Les méchants troufions sont justifiés, quand l’absurdité réelle se niche au plus haut sommet de l’organisation affreuse de cette société où la mort se cache derrière chaque objet. On verra ce que la saison 2 fera de ce non-sens chez les dominants de ce jeu inique.

Hellraiser I (revu), Clive Barker (1987), et Hellraiser II, Tony Randel (1988)

Hellraiser premier du nom fait partie de cette catégorie de films qu’on revoit sans jamais se lasser. Malgré des effets spéciaux dont on ne peut que constater la déliquescence, leur aspect artisanal confère ce charme suranné intemporel qui sied aux produits à l’aspect dégoûtant. Vrai / faux sang, bave, flux du corps, la primauté donnée à l’organique par Clive Barker procure un sentiment de jouissance autant que de stupéfaction face à l’ingéniosité des des morceaux de chair et de liquides qui s’assemblent peu à peu sous nos yeux, dans le stupre et la luxure via le personnage emblématique de Julia Cotton, femme passionnée et détachée de son mari, à tel point qu’elle va aider le frère moribond à revenir à la vie en sacrifiant d’autres hommes sans la moindre once de culpabilité. Ce n’est pas tant dans son scénario que dans sa mise en scène de la rancoeur et de l’envie que Hellraiser marque vraiment des points, se hissant dans une liste hypothétique des films d’horreur à voir, au moins une fois dans sa vie (et on espère que le projet de série à venir, supervisé entre autres par Clive Barker, sera à la hauteur de son oeuvre, qu’il a écrite puis réalisé).

Hellraiser II est malheureusement loin d’être à la hauteur de son prédécesseur, sans être pour autant complètement à côté de la plaque. Le cachet des effets spéciaux s’est perdu en route, mais, pour l’époque, ils ont en revanche (et paradoxalement) mieux vieillis que ceux du premier. Point de nostalgie ici, mais une admiration polie envers un deuxième volet qui tente de ne pas pasticher celui qui le précède, veut lui rendre hommage, mais ne parvient qu’à recycler certaines idées comme pour faire plaisir aux fans de la première heure, envers qui l’appel du pied est incessant, le tout à travers une histoire dont on ne se préoccupe plus très vite. La suite des autres films apparaît vite dispensable, pour qui n’est pas un aficionado du genre horrifique.

Soul, Pete Docter et Kemp Powers (2020)

Attendu, comme tous les Pixar, Soul prolonge un style de film d’animation psychologique intronisé avec Vice-Versa il y a de cela déjà cinq ans : un personnage humain traverse des difficultés dans sa vie qui se résoudront d’une façon extraordinaire, fantastique et donc originale. L’occasion ici de mettre en avant le jazz, les hommes et les femmes noirs dont c’est la culture, le tout dans des styles d’animation qui empruntent à des influences a priori sans liens entre elles, entre 3D et références faites à La Linea. Soul s’éloigne encore un peu plus de cette idée encore bien ancrée que l’animation est avant tout destinée aux enfants. Les partisans de la double lecture argueront qu’elle reste valable pour ce film, pour un résultat transgénérationnel, alors que les nuances donnant les clés de compréhension du film échapperont probablement à la cible habituelle du genre. Pour autant, c’est ici que se trouve l’intérêt principal d’un objet culturel comme celui-ci : on le voit, enfant, on croit en saisir quelque chose, on le revoit, adolescent, adulte, c’est comme si tout un monde se révélait à nous, tel des poupées gigognes. Il y a là-dedans de la magie du cinéma.

American Psycho, Mary Harron (2000)

Comment adapter un livre au cinéma, réputé pour sa grande violence graphique, sans le vider de sa substance ? Immanquablement, Mary Harron a amputé certaines scènes du texte, qui auraient donné un résultat à la limite de l’inregardable. Pour autant, l’essentiel de la fiction est là, avec ses scènes qui font office de catalyseur pour le cerveau de Patrick Bateman, version chiadée de l’Amérique d’alors, dans la tête de son géniteur, Bret Easton Ellis. On retrouvera ainsi le mythique passage en revue des cartes de visite entre traders payés aussi chers qu’ils sont inutiles à leur propre entreprise, ou encore le seul moment d’empathie de Bateman qui, contrairement à son modus operandi, décide d’épargner pour une fois un individu, en la personne de sa secrétaire. La fascination de notre protagoniste principal pour la figure de Donald Trump ne perce qu’à quelques instants que seuls sauront repérer les plus attentifs, l’accent n’ayant pas été mis là-dessus (pourquoi l’aurait-il été, en l’an 2000 ?). Rythme, effusions de sang grand-guignolesque, répliques, apparences des acteurs, tout concourt à ce que American Psycho se bonifie avec le temps, contrairement à d’autres films sortis à la même période aux choix esthétiques hasardeux. Il en va ainsi des idées de créations qui, choquantes à leur apparition, font état d’une ambiance particulière qui ne se décante que bien plus tard dans nos mondes contemporains.


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