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Cinéma, série : les productions vues du 7 au 30 décembre 2020 Previous Cinéma : films vus quinzaine du 16 au 29 novembre 2020 Next

Cinéma : films vus, semaine du 30 novembre au 6 décembre

Retour à la semaine pour un visionnage quasi quotidien de films. Après avoir vu le documentaire sur Arte consacré à Tom Cruise, toujours disponible sur leur plateforme arte.tv, je me suis promis de voir sur le long cours un maximum de films auxquels il a contribué en tant qu'acteur. D'où cette semaine très "cruisienne".

Tandem, Patrice Lecomte (1987)

Impossible de regarder ce film sans ne pas avoir ensuite dans la tête la fameuse chanson de Richard Cocciante, Il mio Riffugio pendant plusieurs jours. Tandem est à lui seul un film symbole, celui des déclassés de la fin des trente glorieuses, qui connaissent le contrecoup de l’augmentation du chômage et de la paupérisation progressive à cause de leur statut de premiers de cordée. Car l’idée du film, au-delà de l’attachement dont la sincérité perce l’écran entre Jean Rochefort et Gérard Jugnot, qui fait office d’épigone, est de montrer la lente déliquescence d’un monde où tout semblait possible, en particulier pour ceux envers qui rien ne laissait présager pareille traversée du désert. L’empathie qui s’en dégage est amère : ces deux-là devaient s’en sortir, on nous les montre d’emblée dans des hôtels tout justes dignes, pas sordides, mais insipides, interchangeables, écoeurants par l’accumulation de leur visite. Chacun procède bon gré mal gré, en évitant de penser aux lendemains qui seront de toute façon pires : Jugnot, en tant que chef de régie, repousse l’échéance fatidique jusqu’à son extrême limite, tandis que Rochefort, fantastique en présentateur has been semble s’illusionner en vivant dans un monde qui n’existe plus, alors que sa conscience des choses est en réalité bien plus fine qu’il ne le laisse croire. C’est là que réside tout le caractère tragique de Tandem, où tout est galère sans sombrer dans le misérabilisme. Indéniablement un grand film, comme on n’en fait encore très peu, dans le genre proche du Français moyen, dénué de toute forme de condescendance.

Collatéral, Michael Mann (2004)

Il y a dans Collatéral une espèce de matérialisation de l’image que Tom Cruise génère depuis le mitan des années 2000 : mystérieux, peut-être pas si honnête qu’on a pu le croire, et surtout dangereux, sans qu’on ne sache véritablement pourquoi. Ainsi débarque de nulle part son personnage, Vincent, tueur à gages dont on ne connaît ni l’histoire, ni l’âge, troublé par une décoloration douteuse de ses cheveux, à la morale mélangeant individualisme et anarchisme, dont le but est de remplir un contrat et de s’en aller, sans demander son reste. Pour parvenir à ses fins, comme tout bon psychopathe qui se respecte, il va s’enticher d’un objet étrange, inattendu, le chauffeur de taxi qui le conduit lors de sa première course par le plus grand des hasards, à qui il finit par faire un chantage, plus pour le forcer à rester en sa compagnie (et c’est par cet effet que l’on peut deviner sa grande solitude) que pour lui faire souffrir le martyr. Cet attachement est tel qu’il en vient tout naturellement à le défendre, dans des situations dans lesquelles il l’a néanmoins lui-même placé. Ce chauffeur est sa chose, statut hautement humiliant dont il va chercher à s’extraire durant tout le film. Si on était dans un film asiatique, on aurait sûrement fait croire au spectateur que l’émancipation était possible, avant de lui rire au nez en lui montrant qu’il n’en était rien. Dans un film américain, bien évidemment, on se doute qu’elle se concrétisera, le tout étant de savoir si ce sera correctement fichu ou pas. C’est ici que le bât blesse dans Collatéral, dont la fin, conventionnelle tout autant que bâclée ne parvient pas à la hauteur d’un film qui peut par ailleurs savoir surprendre là où on l’attend le moins, comme dans le parcours de l’inspecteur incarné par un Mark Ruffalo méconnaissable, pour qui l’a essentiellement aperçu dans des productions récentes.

Top Gun, Tony Scott (1986)

Top Gun, le film qui a permis à Tom Cruise de se lancer dans les airs et sur la rampe des stars accédant au panthéon hollywoodien. Le contexte, une histoire de rivalité entre des jeunes hommes fougueux, similaires, aux allures de godelureaux, pour qui l’aviation militaire est toute leur vie, ne possède au fond que peu d’intérêt face à ce qui se joue dans les rapports intimes et ce qui ressort du film, à savoir une immense naïveté où tout n’est que jeunesse, corps aux muscles finement dessinés, luisants au soleil, et sexe sans difficultés. Impossible de les regarder s’ébrouer sans un mélange d’affection devant ces instants qui paraissent lunaires en 2020, tant leur charme suranné crève l’écran : Tom Cruise ou pas Tom Cruise, qui montrerait aujourd’hui une scène où la drague fait “naturellement” son effet, quand l’homme en question débarque pour la première fois en interprétant une chanson à cinquante centimètres de la tête de la femme convoitée, ou, encore mieux, la poursuit dans les toilettes, sans qu’elle ne se sente agressée ? Cette vision fantasmagorique des rapports humains ne peut plus sciemment exister au cinéma, car la candeur qui s’en dégage s’en est définitivement allée, candeur qui lorgne en outre à tous les étages de Top Gun ; notre fringuant personnage principal est presque immédiatement pris sous l’aile de la femme qui est sa professeure (l’actrice en question a cinq ans de plus que lui, dont le visage alors juvénile le ferait presque passer pour un adolescent), il est brillant, beau mais impulsif, sérieux en amour, et n’a aucun scrupule moral concernant ses activités professionnelles, sujet qui de toute manière est entièrement oblitéré du film. L’exaltation du mâle qui fait joujou virilement dans une franche camaraderie avec ses congénères trouve dans Top Gun sa forme la plus franche, sans lourdeur ni coup de génie.

Mank, David Fincher (2020)

C’est un euphémisme de dire que Mank était un des films les plus attendus de l’année 2020, non seulement à cause du manque de productions à se mettre sous la dent, compte tenu de la fermeture des salles de cinéma, mais aussi car il marque le retour sur le devant de la scène de Fincher, disparu depuis son précédent films Gone Girl, si on ne tient pas compte de l’incursion Manhunter. La première chose qui étonne dans Mank, c’est cette sensation de ne pas avoir un film proprement délimité. L’illusion du cinéma consiste en partie à être capable de nous embarquer dans un train, dont on nous fait croire qu’on est au départ, pour arriver à un terminus, alors que ce train roulait depuis un certain temps et continuera le faire au moins tout autant. Mank nous fait monter en marche, et descendre dans les mêmes conditions désagréables, où on se sent tout juste invités, sinon à peine désirés. L’envie de Fincher de réaliser ce film est plus que palpable, l’envie qu’il soit vu bien moins tangible : le rythme, infernal, provoque une neurasthénie non bienvenue, alors que le personnage principal, joué par Gary Oldman, enchaîne boutade sur boutade en nous usant jusqu’à la corde. Rarement des personnages féminins auront été si peu consistants, si évanescents (Amanda Seyfried est aussi transparente que son maquillage tape-à-l’oeil), pour un résultat où Fincher a rarement semblé s’adresser à si peu de monde. Les références cinématographiques pleuvent à qui mieux mieux, les costumes, le noir et blanc, les mouvements de la caméra confèrent au film un cachet muséal, tandis qu’on se croirait à la fin alors qu’on n’en est qu’à la moitié. Fincher fera mieux, on ne peut que le lui souhaiter.

La guerre des mondes, Steven Spielberg (2005)

Une menace qui surgit en quelques minutes, ravageant tout sur son passage, aux origines longtemps inconnues puis à peine entrevues : on dirait un acte terroriste, alors qu’il s’agit de science-fiction dans La guerre des mondes. Les deux ne sont finalement pas si éloignés, tant la science-fiction trouve ses racines dans notre présent, tandis que le terrorisme paraît venir littéralement d’une autre planète lorsqu’il sévit. Les temporalités se mélangent pour donner un résultat qui semble à la fois éloigné de nous de par le péril représenté et terriblement d’actualité dans les émotions provoquées, la peur, la haine, l’instinct mammalien, la nécessité de survivre. La guerre des mondes bénéficie d’une violence assez singulière, pour un film de cet acabit, destiné au plus grand nombre : entre les êtres humains rayés de la carte au laser, utilisés en guise d’engrais pour extraire leur sang ou tout simplement avalés par des machines mal intentionnées, les images fortes d’où sourd une terreur profonde se font durables, d’autant plus qu’elles sont exemptes d’effets grand-guignolesques ou de boucherie humaine. Les rapports compliqués entre un père démissionnaire et ses enfants en manque de repaires n’en seront que plus accentués à cause du contexte où la survie règne en maîtresse, ce qui permet d’éviter d’un cheveu un traitement classique, opéré mille fois par le passé au cinéma. On se doute de comment tout cela va se terminer, mais au moins, on a été pas mal secoué.


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